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Alzheimer, Parkinson : comment protéger son cerveau avant qu’il ne soit trop tard

Bernard Sablonnière, chercheur en neurosciences, dévoile les mécanismes du vieillissement cérébral et les leviers concrets pour retarder Alzheimer et Parkinson.

19 octobre 2026 · 9 min de lecture

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Un cerveau qui flanche à quatre-vingts ans ne tombe pas malade du jour au lendemain. La dégradation commence des décennies plus tôt, silencieusement, à travers des mécanismes que la science décrypte de mieux en mieux. Bernard Sablonnière, biologiste médical, professeur à Lille et chercheur à l’INSERM, a consacré sa carrière à comprendre la chimie du cerveau et ses dérèglements. Son constat est limpide : la moitié des facteurs de risque de démence seraient liés au mode de vie, donc modifiables. Encore faut-il savoir où agir.

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Le cerveau dialogue en permanence avec le reste du corps

Pendant longtemps, la physiologie cérébrale a été étudiée isolément, comme un organe à part. Bernard Sablonnière insiste sur un changement de paradigme majeur : le cerveau converse constamment avec les muscles, l’intestin, le cœur, via de véritables messagers chimiques. Il parle de clés chimiques, les neurotransmetteurs, qui activent des circuits précis. La dopamine déclenche le mouvement et la motivation, le GABA plonge le corps dans le sommeil profond dès le début de la nuit.

Le microbiote intestinal illustre parfaitement cette conversation bidirectionnelle. Le cerveau contrôle les neurones présents dans la paroi intestinale, accélérant ou ralentissant le transit. En retour, les bactéries intestinales libèrent des molécules proches, voire identiques, à celles produites dans le cerveau. Une dysbiose, c’est-à-dire un déséquilibre bactérien souvent provoqué par un excès de viande et un manque de fruits et légumes, peut ainsi favoriser anxiété et troubles de l’humeur en perturbant la perméabilité intestinale et la sécrétion de neurotransmetteurs.

L’immunité cérébrale est au cœur des maladies neurodégénératives

Au-delà des neurones et des cellules gliales nourricières, Bernard Sablonnière met en avant un troisième acteur longtemps négligé : la microglie, les cellules immunitaires du cerveau. Lorsqu’elles s’activent de façon anormale, elles ne provoquent pas de douleur mais déclenchent une inflammation de bas grade qui use lentement les neurones. Cette dérégulation immunitaire est aujourd’hui considérée comme l’une des clés de la maladie d’Alzheimer et des démences apparentées.

Le chercheur rappelle que l’âge reste le principal facteur de risque pour toutes les démences, les causes génétiques demeurant minoritaires. Mais les négligences accumulées tout au long de la vie, qu’il s’agisse d’une alimentation déséquilibrée, d’un manque de sommeil ou de sédentarité, fragilisent progressivement les neurones face aux agressions toxiques. Ces signaux pro-inflammatoires, totalement silencieux, peuvent mettre vingt à trente ans avant de produire des effets visibles.

L’hypertension artérielle accélère Alzheimer par un mécanisme précis

Pour la maladie d’Alzheimer, Bernard Sablonnière identifie la santé cardiovasculaire comme le facteur de risque numéro un. Une hypertension non traitée rigidifie les parois artérielles du cerveau, ce qui bloque un phénomène nocturne essentiel : le massage cérébral. Durant la nuit, des artères souples permettent aux battements cardiaques de masser régulièrement le cerveau, favorisant l’élimination des déchets, notamment le peptide amyloïde qui s’accumule chez les patients atteints d’Alzheimer.

Des études récentes montrent que la tranche d’âge où une hypertension non contrôlée présente le plus haut risque d’aggraver le déclin cognitif se situe entre cinquante et soixante ans. Sachant qu’un tiers de la population française souffre d’hypertension, détecter et traiter précocement cette pathologie devient un geste de prévention majeur, bien avant l’apparition des premiers symptômes cognitifs.

Parkinson suit une logique différente. La maladie se caractérise par un déficit de production de dopamine impliqué dans la coordination motrice. Les facteurs génétiques y jouent un rôle plus net, avec plus de cinquante gènes identifiés représentant au-delà de cinq pour cent des cas. L’exposition aux pesticides chez les agriculteurs est également bien documentée comme facteur de risque, tandis que la maladie de Charcot fait l’objet de recherches encore balbutiantes sur l’impact des toxines environnementales.

Le sommeil profond nettoie littéralement le cerveau

La découverte du système glymphatique, il y a une quinzaine d’années, a changé la compréhension du sommeil réparateur. Bernard Sablonnière explique que l’endormissement rapide, en quelques minutes, traduit une chute du taux de noradrenaline, l’hormone du stress. Cette baisse permet aux vaisseaux cérébraux de se dilater correctement et d’activer le fameux massage nocturne qui élimine le peptide amyloïde via le liquide céphalo-rachidien.

Un sommeil de mauvaise qualité, installé durablement dès quarante ans, favorise donc l’accumulation progressive de plaques amyloïdes, même minimes et invisibles à l’imagerie dans un premier temps. Pour préserver cette architecture du sommeil, le chercheur recommande de réduire les écrans, la lumière et l’exercice intense dans les heures précédant le coucher, et de s’exposer à la lumière du matin pour mieux réguler la mélatonine le soir venu. Chez les femmes, la périménopause, qui débute généralement entre quarante-trois et quarante-cinq ans, s’accompagne d’une chute hormonale qui dégrade la qualité du sommeil et mérite une attention particulière.

La réserve cognitive se construit toute la vie et protège le capital cérébral

Un apprentissage riche et varié durant l’enfance et les études développe davantage de synapses, ce que Bernard Sablonnière appelle le capital cérébral. Les personnes ayant bénéficié d’une stimulation intellectuelle intense conservent ce capital supérieur toute leur vie. Lorsque la toxicité neuronale s’installe vers soixante ans, elles perdent leurs capacités au même rythme que les autres, mais leur réserve restante demeure plus élevée.

Bonne nouvelle : cette réserve cognitive peut encore être stimulée à tout âge. Apprendre une langue, pratiquer la danse pour solliciter la coordination motrice, ou se lancer dans une activité jamais pratiquée auparavant produisent des résultats intéressants, même après soixante ans. Le chercheur insiste sur l’inutilité de l’angoisse autour des tests cognitifs comme le MOCA, qui mesurent les fonctions à un instant donné sans établir de corrélation stricte avec le risque futur de développer la maladie.

L’alimentation doit nourrir les cellules gliales sans les sur-stimuler

Interrogé sur le régime cétogène, Bernard Sablonnière se montre réservé. Même si le cerveau peut utiliser l’acétone comme carburant de substitution au glucose pendant une phase d’adaptation métabolique, ce régime stresse les cellules gliales qui ont besoin de glucose pour fonctionner normalement. Selon lui, un régime cétogène trop restrictif ou trop prolongé risque d’activer la microglie et de favoriser, paradoxalement, l’état pro-inflammatoire qu’on cherche justement à éviter.

Il privilégie une restriction calorique bien organisée, par exemple en concentrant l’apport principal en matinée et en respectant un jeûne long avant un dîner allégé. Cette approche régule mieux la libération d’insuline, essentielle pour permettre aux cellules gliales de se réactiver sans subir de pics glycémiques répétés qui finissent par irriter les cellules immunitaires voisines. Concernant les compléments alimentaires, le chercheur reste prudent : les oméga trois jouent un rôle majeur chez le nourrisson pour le développement synaptique, mais chez l’adulte, leur intérêt principal réside dans leur effet anti-inflammatoire. Il recommande de privilégier les petits poissons gras comme les anchois, les sardines et le hareng plutôt que les suppléments systématiques, une alimentation équilibrée suffisant généralement à couvrir les besoins.

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Passer à l’action

Protéger son cerveau ne relève ni du hasard ni de la fatalité génétique : cela se construit chaque jour par la qualité du sommeil, l’activité physique régulière, une alimentation équilibrée et une stimulation intellectuelle continue. Bernard Sablonnière le rappelle, diviser son risque d’Alzheimer par deux est à la portée de quiconque prend soin de sa santé cardiovasculaire dès la quarantaine. Le cerveau se muscle comme le reste du corps, à condition de lui donner les moyens de bien vieillir.

Ces repères relèvent de la prévention et de l’hygiène de vie, en complément d’un suivi médical et jamais à sa place. Pour une approche adaptée à votre situation, découvrez les accompagnements Élite Longévité. Les modalités sont précisées lors d’un premier échange.

Questions fréquentes

Le régime cétogène est-il bon pour le cerveau ?

Selon Bernard Sablonnière, il n’est probablement pas optimal sur le long terme. Même si le cerveau s’adapte en utilisant l’acétone, un régime trop restrictif stresse les cellules gliales qui ont besoin de glucose et peut activer la microglie, favorisant un état pro-inflammatoire contre-productif pour la santé cérébrale.

Quel est le principal facteur de risque de la maladie d’Alzheimer ?

L’hypertension artérielle arrive en tête, notamment entre cinquante et soixante ans. Elle rigidifie les artères cérébrales et bloque le massage nocturne qui permet d’éliminer le peptide amyloïde, favorisant son accumulation progressive dans le cerveau au fil des années.

Les compléments alimentaires protègent-ils le cerveau ?

Bernard Sablonnière reste prudent. Une alimentation équilibrée suffit généralement. Les oméga trois issus des petits poissons gras ont un effet anti-inflammatoire utile chez l’adulte, mais aucune preuve solide ne soutient l’usage systématique de suppléments comme la créatine pour prévenir Alzheimer.

Comment la qualité du sommeil influence-t-elle le vieillissement cérébral ?

Le système glymphatique nettoie le cerveau pendant le sommeil profond grâce à une chute de la noradrenaline qui dilate les vaisseaux cérébraux. Un sommeil dégradé durablement dès quarante ans favorise l’accumulation de plaques amyloïdes et augmente le risque de démence à long terme.

Peut-on encore stimuler son cerveau après soixante ans ?

Oui, la réserve cognitive reste modulable à tout âge. Apprendre une langue, pratiquer la danse ou découvrir une activité jamais essayée auparavant stimule de nouvelles connexions neuronales, même chez des personnes présentant déjà des troubles cognitifs débutants.

Quelle différence existe-t-il entre Alzheimer et Parkinson ?

Alzheimer débute dans l’hippocampe et affecte la mémoire avant de toucher les fonctions exécutives. Parkinson résulte d’un déficit de dopamine touchant la coordination motrice, avec une composante génétique plus marquée et un lien documenté avec l’exposition aux pesticides.

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