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Cortisol : ce que dit Martine Duclos

Martine Duclos, cheffe de service au CHU de Clermont-Ferrand, explique pourquoi le cortisol n'est pas responsable de la prise de poids.

23 septembre 2026 · 9 min de lecture

Martine Duclos en blouse blanche et Benjamin Sant au micro sur le plateau du podcast, avec le titre « Le cortisol vous contrôle ? »

Par Benjamin Sant · Mis à jour le 24/09/2026

Le cortisol accusé de tous les maux, la prise de poids expliquée par un simple dosage hormonal, la fatigue chronique attribuée à un mystérieux dérèglement endocrinien : ces raccourcis circulent partout. Martine Duclos, référence française sur les liens entre activité physique, hormones et métabolisme, remet les pendules à l’heure sans détour. Selon elle, cette hormone tant redoutée est en réalité indispensable à la vie et son rôle dans la prise de poids reste largement surestimé par les modes du moment.

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Le cortisol reste une hormone vitale et mal comprise

Impossible de vivre sans cortisol, rappelle d’emblée Martine Duclos. Cette hormone sécrétée par les glandes surrénales suit un rythme précis : elle survient environ deux heures avant le réveil pour préparer le corps à l’éveil, stimuler la vigilance et libérer l’énergie nécessaire à la journée. Elle intervient aussi lors de l’exercice physique, en mobilisant le glucose stocké dans le foie puis les acides gras du tissu adipeux, en augmentant la fréquence cardiaque et en maintenant la tension artérielle. Sans cette réponse, impossible de fuir un danger ou simplement de tenir un effort prolongé.

Le cortisol possède également une puissante action anti-inflammatoire, au point que ses dérivés pharmacologiques, comme la prednisolone, sont utilisés pour traiter les maladies inflammatoires chroniques. Loin d’être un déchet ou une toxine, il s’agit d’un allié biologique essentiel, à condition que sa sécrétion respecte son rythme naturel sur vingt-quatre heures.

L’axe hormonal s’autorégule avec une précision remarquable

Le mécanisme de sécrétion du cortisol repose sur un système à trois étages, l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Un stimulus perçu comme stressant, qu’il soit réel comme une baisse de la glycémie ou psychologique comme la peur de prendre l’avion, déclenche une cascade hormonale précise : l’hypothalamus libère la CRH, qui stimule l’hypophyse à produire l’ACTH, laquelle active la sécrétion de cortisol par la corticosurrénale.

Ce système intègre un feedback négatif redoutablement efficace. Dès que le cerveau détecte un taux de cortisol trop élevé, il freine sa propre production en réduisant la CRH puis l’ACTH. Résultat, même après un pic aigu lié à un exercice intense, la sécrétion globale sur la journée reste normale. Martine Duclos insiste sur ce point : contrairement à une idée répandue, le stress chronique ne provoque pas une explosion durable du cortisol, mais plutôt une légère modification du rythme sur vingt-quatre heures, insuffisante à elle seule pour expliquer une prise de poids ou une obésité.

La prise de poids liée au cortisol relève souvent du mythe

Pour Martine Duclos, chercher une explication hormonale à une difficulté à perdre du poids constitue une tendance récurrente. Hier, les hormones thyroïdiennes étaient pointées du doigt. Aujourd’hui, c’est le cortisol. Demain, ce sera peut-être le GLP1 ou le microbiote. La réalité, beaucoup plus complexe, est multifactorielle.

Une véritable hypersécrétion de cortisol existe bien, en cas de tumeur surrénalienne par exemple, mais elle produit un tableau clinique très spécifique : obésité abdominale associée à une bosse de bison, une fonte musculaire sévère avec des jambes très fines, une peau atrophique qui se marque facilement d’hématomes, une hypertension et un potassium anormalement bas. Rien à voir avec le profil classique d’une personne en situation d’obésité. En revanche, la prise de corticoïdes à visée thérapeutique, à doses élevées, entraîne effectivement une prise de poids car elle amplifie artificiellement les effets du cortisol.

Ce qui pèse réellement dans la balance, selon la spécialiste, ce sont d’autres mécanismes associés au stress chronique : une sécrétion accrue de catécolamines et surtout une alimentation déséquilibrée. Manger une tablette de chocolat sous stress stimule la dopamine et procure un vrai bien-être immédiat, mais cette compensation répétée finit par déséquilibrer les apports nutritionnels sur la durée.

Le sommeil et la lumière du jour pèsent plus lourd qu’on ne le croit

Un facteur largement sous-estimé selon Martine Duclos : le manque de sommeil chez les Français. La carence de sommeil crée une résistance à l’insuline, donc un hyperinsulinisme qui favorise directement la prise de poids. Ce mécanisme est aujourd’hui parfaitement démontré scientifiquement.

À cela s’ajoute un problème de mode de vie moderne : la majorité des actifs passent la plus grande partie de leur temps enfermés dans des bureaux sans lumière naturelle, ce qui limite drastiquement la production de vitamine D. Or cette vitamine joue un rôle dans la force musculaire, et une carence touche la quasi-totalité de la population selon les dosages actuels. L’alimentation censée compenser, foie, poissons gras, ne suffit plus face aux habitudes alimentaires actuelles et à la méfiance envers certains poissons. Martine Duclos rappelle que les seuils de carence, fixés aujourd’hui à un niveau très bas, sont en train d’être revus à la hausse par la communauté scientifique, certaines études récentes suggérant même viser des taux bien supérieurs pour limiter le développement de certains cancers.

Les muscles dialoguent directement avec les autres organes

Au-delà du cortisol, ce qui passionne aujourd’hui Martine Duclos, ce sont les myokines et plus largement les exerkines, ces hormones produites par la contraction musculaire et par d’autres organes lors de l’exercice, comme le foie, le cœur ou le tissu adipeux. Le message central est puissant : ce n’est pas le cerveau qui commande tout. Les tissus discutent entre eux directement, sans passer par une régulation centrale.

Lorsqu’un muscle se contracte, il libère des substances qui agissent à distance sur d’autres organes avec des effets globalement favorables. Sur le tissu adipeux, ces myokines transforment des adipokines à profil métabolique défavorable, inflammatoires et associées à l’athérosclérose, en adipokines bénéfiques qui réduisent l’insulinorésistance et stimulent la lipolyse. Sur l’os, elles augmentent l’ostéogénèse et rendent le squelette plus résistant aux contraintes mécaniques. Sur le cerveau, elles favorisent la neurogénèse dans l’hippocampe et renforcent la substance blanche, cette matière de soutien indispensable à la nutrition des neurones, comparable à la terre qui permet aux arbres de tenir debout.

Ces mêmes molécules exercent une action antioxydante et anticancéreuse notable, en stimulant l’immunité, en favorisant l’apoptose des cellules anormales et en diminuant certains facteurs de croissance tumorale. Plus d’une centaine d’exerkines ont déjà été identifiées, et la recherche continue d’en découvrir de nouvelles chaque année.

La santé hormonale se construit dans la durée, pas dans l’urgence

Face à la tentation de tout miser sur un seul levier, sport seul, alimentation seule ou gestion du stress isolée, Martine Duclos rappelle une évidence trop souvent oubliée : sans une approche globale, il ne se passe rien de durable. L’objectif n’est pas de viser un corps parfait pendant quelques mois d’été, mais un fonctionnement corporel optimal sur le long terme, avec de l’énergie et un sentiment de bien-être réel.

Concrètement, cela suppose une alimentation équilibrée où les apports compensent les dépenses liées à l’activité physique, sans déficit énergétique chronique qui perturbe les cycles hormonaux, en particulier chez les femmes sportives exposées à un risque accru d’ostéoporose et de fractures de fatigue. Cela suppose également une activité physique régulière, moins de temps passé assis, et une quantité de sommeil suffisante. En cas d’obésité, la perte de poids doit rester progressive, étalée sur une année, accompagnée par un professionnel, pour éviter l’effet yo-yo qui finit par installer un métabolisme en économie d’énergie durablement compliqué à corriger.

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Passer à l’action

Le cortisol n’est ni un ennemi ni un bouc émissaire commode : c’est une hormone finement régulée qui répond avant tout à la qualité du sommeil, à l’exposition à la lumière et à l’équilibre alimentaire global. Miser sur le mouvement régulier, une nutrition adaptée et un rythme de vie respecté reste la meilleure stratégie pour une santé hormonale durable.

Ces repères relèvent de la prévention et de l’hygiène de vie, en complément d’un suivi médical et jamais à sa place. Pour une approche adaptée à votre situation, découvrez les accompagnements Élite Longévité. Les modalités sont précisées lors d’un premier échange.

Sources

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Le cortisol fait-il vraiment grossir ?

Non, selon Martine Duclos, une véritable hypersécrétion de cortisol provoque un tableau clinique très spécifique, très différent de l’obésité classique, avec fonte musculaire, peau fragile et hypertension. La prise de poids chronique s’explique surtout par le sommeil insuffisant, une alimentation déséquilibrée et un manque d’activité physique.

Comment sait-on si son cortisol est réellement déréglé ?

Le diagnostic commence toujours par la clinique et un interrogatoire précis. En cas de doute, on dose le cortisol le matin entre sept et neuf heures à jeun, puis éventuellement le soir, ainsi que l’ACTH, avant d’envisager une imagerie de la surrénale ou de l’hypophyse selon les résultats.

Pourquoi le sommeil influence-t-il autant le poids ?

Le manque de sommeil crée une résistance à l’insuline, ce qui entraîne un hyperinsulinisme favorable au stockage des graisses. Ce mécanisme est aujourd’hui bien démontré scientifiquement, et les Français dorment globalement en dessous des besoins recommandés pour un métabolisme équilibré.

Qu’est-ce qu’une myokine exactement ?

Une myokine est une substance produite par les muscles lors de la contraction musculaire. Elle agit localement ou à distance sur d’autres organes comme le cerveau, l’os, le foie ou le tissu adipeux, avec des effets globalement bénéfiques sur le métabolisme, l’immunité et même la prévention du cancer.

Faut-il faire un bilan sanguin complet chaque année pour surveiller ses hormones ?

Non, Martine Duclos déconseille ce type de bilan systématique, coûteux et rarement utile. Elle privilégie le suivi clinique, le poids, le tour de taille, la tension artérielle, ainsi qu’une glycémie et un bilan lipidique à partir de quarante-cinq ans, complétés selon les points d’appel spécifiques.

La vitamine D est-elle vraiment un problème répandu ?

Oui, la majorité de la population présente des taux insuffisants, notamment à cause du temps passé enfermé sans lumière naturelle. Les seuils de carence, historiquement bas, sont actuellement révisés à la hausse par les chercheurs, certaines études suggérant des niveaux optimaux bien supérieurs pour la prévention de certaines maladies.

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